Marie Volta
« On n'arrive à rien tout seul. » Jean Dubois


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C'est le voyageur qui chante

   Dans la nuit s'élève un chant.
   C'est rarement celui d'un sédentaire.
   Celui qui chante a été tiré dehors. Hors de chez lui, hors de lui.
   Celui qui chante est altéré. Griffé par l'altre - l'autre.
   Que de sa plaie saigne souffrance ou joie, elle est ouverte.

   Peut-être l'espace de quelques secondes, peut-être une vie entière, il est celui qui regarde la terre et qui sent le ciel, qui regarde le ciel et qui sent d'autres terres, il est celui qui regarde l'horizon et déjà perçoit l'au-delà de l'horizon.
   Il chante parce que son cœur est lourd, que le chagrin y gronde, parce qu'il a été arraché au tranquille défilé des jours. Il a perdu un proche, une voie, un pays, la vie n'est plus la même, il chante.
   Il chante parce que son cœur est léger, qu'il bat en espadrilles, ou pieds nus, ni entravé ni enraciné, même pas retenu.
   Il chante parce qu'il a vu un oiseau derrière les barreaux, qu'il a vu les barreaux, qu'il voudrait bien être l'oiseau.
   Il chante parce qu'il est en marche, parce qu'il s'est assis après une journée de marche. Il chante parce qu'il ne dort pas.
   Il chante parce qu'il a besoin de pain, il chante quand il a trouvé le pain.
   Il chante parce que la vie ne lui a pas donné d'enfants, parce qu'elle n'a pas voulu se perpétuer par lui, parce que ses enfants sont là, coincés en lui, parce qu'ils ne connaîtront la vie que dans ses rêves et dans son chant.
   Il chante le jour où lui vient un enfant.
   Il chante parce qu'il faut commencer la vie en beauté et parce qu'il faut la finir sublimée.
  Il chante parce qu'il a vu l'ennemi, parce qu'il se sent menacé, il chante parce qu'il va partir défendre sa patrie et les enfants de sa patrie, il chante pour effrayer l'ennemi.
   Il chante parce qu'il veut l'autre pays, parce qu'il va l'étreindre, parce qu'il a besoin de courage avant de s'élancer.
   Il chante parce qu'il a perdu, qu'il espère recommencer et cette fois, gagner.
   Il chante parce qu'il a gagné, parce que se lève un jour nouveau, des années de paix.
   Il chante parce qu'il n'a plus d'ennemis, parce qu'ils sont devenus amis.

   Ils chantent ensemble, chacun dans la langue de l'autre, sans se lâcher du regard. Ils chantent parce qu'ils boivent ensemble, parce que les distances ont été abolies, parce qu'ils ont compris que « chez toi » ou « chez moi » ne signifient rien si les portes sont fermées.

   Il chante parce que son cœur « bat comme une porte »*.

Marie Volta
3 et 4 février 2013
© Stellair'Umeurs

* Guillaume Apollinaire, Marizibil (Alcools) : « Je connais gens de toute sorte Ils n'égalent pas leur destin Leurs yeux sont des feux mal éteints Leurs cœurs battent comme des portes »

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